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J’adore pontifier

J’aimerais bien avant le grand saut lire 1) Les Lusiades de Camoëns, dont j’ai caressé le front à Lisbonne aux Hiéronymites, 2) l’ Orlando furioso de l’Arioste, mais en version complète et bilingue s’il vous plaît et non pas en tronquée des meilleurs passages érotiques, et 3) La Gerusalemme liberata du Tasse. Ce serait chiant, mais accessible, et je pourrais le mettre dans mon escarcelle. La Thébaïde de Stace en revanche m’intriguerait très peu. D’ailleurs j’apprécie d’avoir fini le texte même de cette Antigone de Sophocle. D’abord, je n’aime pas Sophocle : trop classique. Incolore, inodore, sans saveur, comme la cuisine de P.
Parlez-moi d’Eschyle : rude, qui frotte comme une corde sur une margelle de puits, comme le dit Aristophane “tophlattotratt,tophlattotratt…” Ca c’est de la tragédie, pompeux, ronflant, obscur…


Euripide se voit traiter d’ « infame » par Péguy, je dirais plutôt « faisandé » : toujours pourri d’arguties et de longueurs, sentant toujours plus ou moins l’alcove de femme négligée. Mais je préfère encore ces deux là au Sophocle, là, trop pur, avec [s]es yeux (…)”d’azur baignés” (Valéry). Et puis, ces traductions de l’Antique sont toujours d’une froideur, d’un manque absolu de tout naturel : qui a jamais pu s’exprimer d’une façon si marmoréenne, contournée ? Les traductions antiques semblent toujours empruntées, au sens nu du terme, empruntées de plus à quelque langue étrangère. Comme à partir de l’allemand traduit de l’anglais lui-même àpartir du grec…  On sent toujours que le traducteur n’a pas voulu s’écarter des traditions antérieures, du mot à mot bien chié, et qu’il est fort en thème.

Ce qui me passionne, dans les textes d’autrefois, ce sont les commentaires sans fin qui s’y adjoignent : voir les textes médiévaux, si passionnants quand un Markale ou un Duby les interprètent, chefs-d’œuvres de froideurs quand on s’y plonge, en français moderne : les femmes y sont toujours « les plus belles du monde », et la nourriture « la plus magnifique qui fut oncques ».
Sans oublier les plaisanteries qui durent des vers et des vers, comme l’accueil de Sosie par Mercure dans l’”Amphitryon” de Plaute, qui n’a jamais fait rire que son auteur et quelques ploucs aux mains sales. Sorti de Sénèque, dans la littérature latine, je ne vois pas grand-chose à sauver. Tacite, Catulle, soit. Mais Cicéron… Tite-Live… Si vous êtes constipés, çavous fera de l’effet.

Mais en grec, je me bats les flancs. Homère, soit. Mais Platon… Putain l’horreur… 

La souillure, c’est d’exister. Je me suis bien autocensuré ce soir. J’ai du farniente à rattraper.

Dans la voiture donc, au retour, je leur ai parlé de la légende d’Edipe (c’est exprès), sans mentionner l’oracle ni le meurtre de Laïos. Ce que je ne savais pas, c’est que ce dernier se rendait à l’oracle afin d’apprendre si son fils avait été réellement exécuté…

3 commentaires pour “J’adore pontifier”

  • DEB dit :

    Non, non, là tu ne pontifies pas. Excellent ce texte…

  • katy dit :

    Moi aussi, j’aime bien quand vous donnez vos opinions, les remarques sont superbes. J’ajouterai toutefois que les textes médiévaux, bien que fortement enlisés dans les clichés et les superlatifs, présentent souvent une amorce du roman, l’intrusion du personnage, un tout début de dialogues, voire de monologues très intéressants; G.Duby commente, décrypte, explicite, mais ne remplace pas le texte. En ce qui concerne les canons de beauté et les attribus de la féminité, on peut ressentir la même chose chez Ronsard, la forme fixe est tout aussi insupportable! Bon, et puis chacun ses gôuts, n’est-ce pas? Pour Plaute, c’est lourd à chier, Molière, s’il s’en est inspiré, a su le faire avec beaucoup plus de raffinement (même si les situations de comique procèdent toujours des mêmes ressorts: quiproquos, répétitions récurrentes…procédés farcesques. Et Tibulle? Rien que le nom fait penser à une bulle de savon qui flotte et transporte…des mots d’amour, niaiseries, diront certains, mais légéreté pour d’autres et expression d’une subjectivité, qui me fait plaisir à une époque, où tous s’égorgent et complotent pour monter sur le trône, où des tyrans germent sur le fumier de leurs géniteurs (tiens, c pas le Néron qui a tué Sénèque?)…Amicalement, singe vert.

  • kohnlili dit :

    Tu es pleine de vie et de révolte, c’est merveilleux, et je n’ironise pas. Je lis en ce moment Les Budddenbrook de Thomas Mann, écrit à 25 ans, c’est incroyable, limite monstrueux - génial, quoi. Balzacien, moins les descriptions. Plus l’ironie. Et découverte de Bukovski, diamétralement opposé. En latin, Catulle aussi, très mélancolique. Mais il y a des pisse-froid universitaires (pléonasme) qui prétendent qu’il n’a pas plus vécu ces aventures amoureuses que Jacques Brel ses chansons elles-mêmes… Ce soir j’attends Madeleine (c’est Annie), elle est allée à Mondial Tissus, elle va me ruiner…

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