Decline and Fall…
Quoi de neuf, après ce jeûne de maintenance ? - Quoi de neuf ? LA CHUTE DE L’EMPIRE…
…Sidoine lui-même difficile à cerner, sorte d’éponge antipathique, malléable, pathétique voire pitoyable. J’échoue à voir en lui quelqu’un d’estimable.On dirait Cicéron-le-Mollasson. Symbole de toute mon attitude envers cette Antiquité qui m’a plombé - avant de me fournir ma façon de vivre et de penser, au point que personne ne peut plus suivre. Ou que je ne peux plus suivre personne. Fier d’avoir participé de cette civilisation, d’en avoir tiré ma substance, heureux qu’elle pourtant qu’elle ait croulé. Ma période préférée – à condition bien sûr de faire partie des classes dominantes – comme à toute époque - eût été le Ve siècle. Tout était tellement plus simple (illusion d’optique).
Nous avons à présent tant de critères d’appréciation que nous ne savons plus où donner de la tête - eux aussi - ah bon. Sidoine était un singe savant dans un aréopage décadent. Sidoine, gendre d’empereur. J’envoie bien de mes œuvres à Rachida. Du côté des puissants, sans état d’âme. Sidoine s’est-il montré ébloui par cette promotion ; il ne le semble pas ; il faisait déjà partie de la plus haute noblesse gauloise – je n’ai rien de commun avec ce bouffon friqué. Toute personne ayant tant soit peu gravi quelques échelons que ce soit de la société me semblera toujours haïssable. Encore une chose, et particulièrement grave, que je ne parviens pas à pardonner : d’avoir bafoué son talent, si frelaté soit-il, de l’avoir avili à des contorsions de curetons ; d’avoir prêté sa voix aux niaiseries, à cette religion de fous capable d’inspirer ces répugnants lamentos maso à la saint Augustin – encore de la haine.
Je ne parviens pas à concevoir l’ampleur. Christianisme chape de plomb. L’ l’effondrement d’un empire : je ne puis. Non possum. Valentinien III empereur - poignardant de sa propre main Aétius, général en chef ; franchissement du Danube par les Goths en pleine fonte des glaces ; des souverains fous, une reine toute-puissante : Galla Placidia. Raconter tant de campagnes malheureuses ; évoquer Rome-Musée, ou Ravenne au milieu des marais, nouvelle capitale ; du raffinement, des ordres donnés par la reine, chuchotés sous les voûtes, façon Ivan le Terrible. Puis des fastes, les vers grecs et latins des langues qu’on ne parle plus ; Sidoine gendre d’Avitus Premier, déclamant son éloge, exilé dès sa chute, puis flagornant trois autres empereurs dont il prononcera les panégyriques à leur tour – enfin converti au moment opportun, quoi d’étonnant ! aux fonctions épiscopales - reprenons : premiers succès de Sidoine, vie littéraire de ce temps-là, prestige intact au milieu des colonnes qui tombent…

