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Archive pour la catégorie 'évocations'

Pompes et circonstances…

Célébrons Sidoine gendre d’Avitus Premier, déclamant son éloge, exilé dès sa chute, ayant connu l’exil puis d’autres empereurs, dont il prononcera le panégyrique à son tour – converti au moment opportun, quoi d’étonnant ! au triomphant état ecclésiastique – reprenons : les premiers succès de Sidoine, la vie littéraire de ce temps-là, prestige intact au milieu des colonnes qui tombent… 
 Il épouse Papianilla. Le voici gendre d’empereur. Imaginer les rapports d’un époux et de sa femme en ces temps-là . Confiance ou soumission, comment reconsidérer tout cela ? Les femmes antiques étaient-elles autant de martyres ? Nul bruit n’a filtré sur une acrimonie quelconque. Papianilla ne fut pas Xanthippe, ni la femme de Haydn. Ce fut un grand honneur pour Sidoine d’être le gendre de l’empereur Avitus. Mon vœu fut toute ma vie de raconter celle de Sidoine Apollinaire, tel quel, avec d’infinies gloses restrictives - pourquoi l’empereur Avitus a-t-il chuté ? aimait-il l’ail ? les putes ? les garçons ? se faisait-il conduire par son esclave dans les bordels de Lugdunum ? 


 Son impérial beau-père massacré, Sidoine s’est enfui au pays des Arvernes ; quelle est alors la meilleure voie de Lyon à Clermont ? Combien tout était désert ! Mes recherches ou intuition suffiraient-elles jamais à reconstituer les distances à cheval, de nuit, contournant les mares envahies de brouillards ? croyait-il aux sorcières, le poète ? Sidoine se fit oublier ; il parcourut ses domaines, aimé de tous, recevant sur sa monture d’humbles témoignages d’affection. Pourquoi revint-on le sollliciter pour chanter le successeur ? Quel sens attribuer à la vanité de son acceptation ? N’était-il pas décidément trop sot pour avoir exercé quelque influence politique que ce soit ? “Lui seul saura donner du lustre à nos cérémonies, il n’y a pas de proclamation de l’empereur sans vers pompeux, un hochet le comblera”. 
 Majorien passé, puis Anthémius (”Fleury”), il se tourna vers l’épiscopat. Il mourra comme saint Augustin, ou l’Ovide de Vintila Horia…

  X
 Nous sommes infiniment tenté par un vibrant parallèle entre la Chute de l’Empire Romain (Decline and Fall of the roman Empire) et notre petite époque où nous ne comprendrons jamais rien ; toutes les époques se sont crues à bout de souffle, complues à s’ériger en Sièclede suprême Ecroulement. Salut aux éternels et incompréhensibles contemporains.
Autres déliquescences, autres et mêmes pernicieuses angoisses, dont l’Homme se relève, éternelle Hydre de Lerne. Lisez la magistrale introduction du Temps des Cathédrales, par Georges Duby ; souhaitons qu’un jour lointain, d’autres érudits encore inconçus restituent aux fourmis futures le monde que nous fûmes (c’est du belge). 


20 août 2008 - Lire la suite Tags: none

Latinum mon bonhomme

LE LATIN, AU POTEAU ! LE LATIN, AU POTEAU !

Le principe du réalisme et de l’utilitarisme sert de prétexte à un ignoble désir de rétrécissement des esprits. Le vil concept d’”utilité” se voit hélas prôner jusque dans les plus hautes sphères gouvernementales. Il n’y a pas des “matières utiles” et des “matières inutiles”. Si l’on enseignait le chinois, la mécanique ou le théâtre, l’esprit des élèves serait aussi formé que par le biais des matières dites traditionnelles. Et voilà où le bât blesse les défenseurs du latin : ils prétendent que sa connaissance permet de mieux connaître la langue française. Ils affichent des arguments, à leur tour, utilitaires : c’est fausse route ; car on pourra toujours leur opposer quelque chose qui soit encore plus directement utilitaire que le latin, comme l’art de réparer une machine à laver, qui n’est évidemment pas plus ridicule qu’autre chose. 

 Et même en admettant que le latin soit “utile”, on les rembarrera par un sourire dédaigneux ou des exclamations sans suite avec la tête en arrière - très important, la tête en arrière : qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Est inexact également l’argument selon lequel d’acquérir une logique et une rigueur de l’esprit - c’est archifaux : j’ai toujours traduit au pifomètre, à
l’instinct si vous préférez, ce qui me permettait d’être tantôt excellent tantôt archinul, ce qui m’a donné juste la moyenne nécessaire au décrochage du certificat de latin. Je dirai même qu’il me suffisait de respecter les conseils d’investigation méticuleusement grammaticale pour infailliblement me planter - même chose en littérature, où l’intuition m’a toujours tenu lieu d’analyse - je les enseigne cependant à mes élèves, ces « procédés logiques », puisqu’il paraît qu’on trouve des tempéraments pour lesquels “ça fonctionne” ; il s’agit d’ailleurs comme par hasard de ces tempéraments qui n’ont aucun sens de la littérature, qui s’imaginent qu’il suffit de compter des pieds pour faire de la poésie, de ceux-là qui à l’oral du bac, m’ayant savamment disséqué le système des rimes d’un Baudelaire, ne comprennent même pas ma question indignée sur la musique du texte - “Comment ça, “la musique de Baudelaire ?” - visiblement, ça n’était pas “au programme”. Il faut bien que cela soit dit, et je l’ai fait inscrire en exergue aux classeurs : le latin, c’est comme la musique, les fleurs et les moustiques, ça ne sert rigoureusement à rien ; c’est comme le parti communiste sous Brejnev, ou comme ta femme : c’est là, et il faut qu’on l’aime. 


 A partir de là, et une fois évacués les petits ados stakhanovistes de l’utilitaire - car ce n’est pas non plus parce que vous faites abandonner le latin à vos enfants que vous les garantissez contre le chômage - on peut enfin parler du plaisir. Non pas du plaisir immédiat, cette éjaculation précoce qui ne fait même pas jouir, mais du plaisir de lire un texte, de le remâcher, de relire pour la dixième fois L’ Enéide ou L’ Iliade, d’en comprendre vaguement le sens, de se reporter aux notes en bas de page, d’escalader sa bibliothèque pour vérifier une référence, de lire à haute voix pour faire sonner les syllabes, latines ou grecques, avec prononciation érasmienne ou démotique, bref, rien que de l’emmerdant.

  Du plaisir de vieux. Du plaisir d’intello. Parfaitement. 

17 août 2008 - Lire la suite Tags: none

Vous avez tort, comme d’habitude…

Vous avez tort, vous dis-je, de ne pas vous ruer sur la plage “Commentaires”. Mon “Gaston-Dragon” est un véritable petit chef-d’oeuvre, Médaille d’Or aux Jeux Olympiques de Soukh-el-Arba. 

 6

GOYA
 Sans souvenir encore. Pourtant, passé le meurtre des serpents (6) , d’autres monstres se lèvent à l’horizon d’une mémoire antérieure, d’immenses jambes nues franchissent au loin en déchirant les brumes de longues étendues d’eau pâle, terre et mer emmêlant leurs contours indécis. Fermant un instant les yeux, puis les rouvrant, je m’aperçois que les visions s’estompent. Je porte au sommet du crâne l’ombilic ou la fontanelle des vies antérieures. Mère avant moi déjà vivante. Boute-en-train – pour étrange que soit le terme ,désignant un étalon  chargé d’exciter la jument, puis qu’on éloigne pour lui substituer, en douce, le véritable géniteur. « C’était un numéro » ajoutaient les commentateurs - définition de cirque ; jusqu’à une date toute récente, j’ai cru que lres circonstances sanglantes de ma naissance l’avaient transformée en créature dépressive, or, elle l’avait toujours été, comme tous les « rigolos ». Mais le visage de ma mère m’apparaît surtout, dans ma mémoire, comme celui d’une Gorgone, au hideux rictus (7)  
 Trône à seize ans ma mère en costume d’Esther sur un cliché sépia parmi les jeunes pensionnaires entorchonnées de châles. “Un jour en classe » dit ma mère « à la question “qui fut le roi de la Lorraine en 1738 ? j’ai crié : Stanislas Leszczynski !” (8)
  Ma vie est le monde, et son histoire, ma cosmogonie. 
 
Notes : 

(6) Allusion aux deux serpents envoyés par Héra pour étrangler Hercule, encore au berceau. N’oublions pas que notre héros, de loin en loin, prétend se hausser au niveau du grand Héraclès ou « Hercule »
(7) L’auteur exagère. Mais il ne renonce pas à transformer les évocations de son enfance en épisodes mythologiques, sans omettre les références Kulturelles (Goya, Valéry, Sophocle…) 
(8) Deux circonstances où la Mère se trouve mise en valeur. Ce rappel se relie difficilement, là aussi, à ce qui précède ou à ce qui suit.  


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LA MORT DU DRAGON (9)
 Histoire de la mort du père d’Alcmène, Gaston-Dragon. Gaston, de « Vaast », prononcé [vâ], («gare St-Vaast »de Soissons). Saint Gaston initia Clovis aux mystères chrétiens - « Terre Guaste » signifie terre déserte, dé-vastée. Die Wüste. Un jour de verglas, 8 h 12, décembre 1945. Gaston-Dragon meurt écrasé par un camion-benne à betteraves, vide, tête broyée, plate comme un fromage au sang ; c’était de son vivant le « chien » du patron : le contremaître, celui qui aboie sur les ouvriers « plus vite fainéants ! » Dur-à-lui-même-et-aux-autres comme on dit, universellement détesté à la sucrerie d’Aguilcourt Arrête ! Arrête ! tu viens d’écraser le père Liénard ! (là-bas enPicardie on ne dit pas « Monsieur, Madame », on dit « le père », « la mère») - Mais je lui parlais y a pas une minute - Il vient de glisser sous tes roues ! 
 Quinze jours avant sa retraite. Quinze jours avant Noël. « Quand j’ai vu » dit la Veuve « arriver de loin le Maire, l’Adjoint, le Patron, tous en noir chapeau bas j’ai su tout de suite qu’il était arrivé quelque chose.” Notables campagnards aux phrases convenues - il se retirait toujours avant pour que j’aie pas d’enfant Tu les préfèrerais à ma fille (10) - et cette fille était ma mère Alcmène absente ce jour-là, où la Seconde Epouse de Gaston-Dragon debout se prenait la mort en pleine face. Or si éloignée que fût ma mère, à dix kilomètres en ces temps si lointains où le bout du monde était l’autre chef-lieu de canton, le téléphone chez Monsieur le Maire en cas d’urgence, elle fit un rêve : mon père était sans tête criait-elle je ne vois pas la tête papa papa – s’il portait un bandeau dans le rêve - si le sang (11) (…) - je ne sais plus répond-elle plus de tête plus de tête un souvenir coagulé comme à bout de souffle à bout de mémoire ; j’ignore encore jusqu’à la mort si ma mère a pleuré crié je ne connais pas le tréfonds de ma mère. 
 (12) (En vérité Gaston-Dragon portait de larges bandes étanches et immaculées sur ce même lit de mort et d’exposition où je devais plus tard enfant rejoindre Seconde Epouse devenue veuve, à sept heures du matin en été, mes parents dormant encore ; elle frappait doucement sur les conduits d’eau chaude, pour que je la rejoigne au sein de cette couche chaude imprégnée de bergamote et d’ « odeur de femme » - il faut un odorat subtil et affiné pour sentir là le plus quintessencié des parfums. Je prétendis un jour en être incommodé. « Comment peux-tu » me dit la veuve «savoir ces choses-là ? » - ainsi donc loin d’en faire mystère les femmes admettaient comme allant de soi, reprenaient à leurs compte et maléfices cette appréciation rebutante… 
 Ma mère prétendit (j’avais là-dessus opiné de jour, en pleine cuisine) que j’avais sans doute flairé parmi les jambes ouvertes de quelque employée de maison  logée alors chez la Veuve et qui se fût au rebours de toute vraisemblance assoupie sur sa chaise en position propice - je ne me souvins d’aucune exploration ni reptation de cette espèce.)

Notes : 

 (9) Retour au thème de cet ouvrage : la mort accidentelle du grand-père, que l’on assimile à un dragon germanique…
 (10) Telles sont bien sûr les paroles incongrus qui résonnent à ses oreilles à l’instant même où elle apprend la mort de son mari, Gaston-Dragon. 
(11) Questions que j’ai posées, plus tard. 
(12) Sept années ont passé, l’auteur évoque ici, par contraste, l’un de ses premiers souvenirs dit « voluptueux »

15 août 2008 - Lire la suite Tags: none

Decline and Fall…

Quoi de neuf, après ce jeûne de maintenance ? - Quoi de neuf ? LA CHUTE DE L’EMPIRE…

…Sidoine lui-même difficile à cerner, sorte d’éponge antipathique, malléable, pathétique voire pitoyable. J’échoue à voir en lui quelqu’un d’estimable.On dirait Cicéron-le-Mollasson. Symbole de toute mon attitude envers cette Antiquité qui m’a plombé - avant de me fournir ma façon de vivre et de penser, au point que personne ne peut plus suivre. Ou que je ne peux plus suivre personne. Fier d’avoir participé de cette civilisation, d’en avoir tiré ma substance, heureux qu’elle pourtant qu’elle ait croulé. Ma période préférée – à condition bien sûr de faire partie des classes dominantes – comme à toute époque - eût été le Ve siècle. Tout était tellement plus simple (illusion d’optique). 

 Nous avons à présent tant de critères d’appréciation que nous ne savons plus où donner de la tête - eux aussi - ah bon. Sidoine était un singe savant dans un aréopage décadent. Sidoine, gendre d’empereur. J’envoie bien de mes œuvres à Rachida. Du côté des puissants, sans état d’âme. Sidoine s’est-il montré ébloui par cette promotion ; il ne le semble pas ; il faisait déjà partie de la plus haute noblesse gauloise – je n’ai rien de commun avec ce bouffon friqué. Toute personne ayant tant soit peu gravi quelques échelons que ce soit de la société me semblera toujours haïssable. Encore une chose, et particulièrement grave, que je ne parviens pas à pardonner : d’avoir bafoué son talent, si frelaté soit-il, de l’avoir avili à des contorsions de curetons ; d’avoir prêté sa voix aux niaiseries, à cette religion de fous capable d’inspirer ces répugnants lamentos maso à la saint Augustin – encore de la haine.


 Je ne parviens pas à concevoir l’ampleur. Christianisme chape de plomb. L’ l’effondrement d’un empire : je ne puis. Non possum. Valentinien III empereur - poignardant de sa propre main Aétius, général en chef ; franchissement du Danube par les Goths en pleine fonte des glaces ; des souverains fous, une reine toute-puissante : Galla Placidia. Raconter tant de campagnes malheureuses ; évoquer Rome-Musée, ou Ravenne au milieu des marais, nouvelle capitale ; du raffinement, des ordres donnés par la reine, chuchotés sous les voûtes, façon Ivan le Terrible. Puis des fastes, les vers grecs et latins des langues qu’on ne parle plus ; Sidoine gendre d’Avitus Premier, déclamant son éloge, exilé dès sa chute, puis flagornant trois autres empereurs dont il prononcera les panégyriques à leur tour – enfin converti au moment opportun, quoi d’étonnant ! aux fonctions épiscopales -  reprenons : premiers succès de Sidoine, vie littéraire de ce temps-là, prestige intact au milieu des colonnes qui tombent… 

28 juillet 2008 - Lire la suite Tags: none

Notsag-Nodrag

Vous avez remarqué ? J’ai inversé “Gaston-Dragon”, ce qui fait que personne ne peut plus le reconnaître, en disant “merde il va encore nous bassiner avec sa narration de mes deux.” 

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VESTIGES D’INCESTE
 Ma mère me transmit scrupuleusement les mots les plus crus de Gaston-Dragon. Rien sur sa mère. Etait condamné toute dévotion non exclusivement consacrée au Héros, Ancien Combattant et Père. L’époux, le gendre, mon père à moi, ne fut rien. Alcmène laissa même entendre qu’il y aurait bien peu d’importance aux relations plus intimes qu’il n’eût fallu entre elle et moi. Quinze années sans plus séparèrent plus tard la fillette de sa marâtre, Seconde Epouse, triomphante et nouvelle promue : la Fernande, plantureuse, que j’ai connue, bien dodue. Alcmène accrochée à ses jupes cria : « Je vous interdis de coucher avec mon père ! » On riait très fort en ce temps-là des petits mots d’enfants. 

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LECTEUR INGRAT, MON FRERE
 Vous avez déjà cela sans doute dans vos familles : « Un homme parmi les hommes » disait Sartre « et qui vaut n’importe qui . » J’ai renoncé à me prendre pour Hercule. A représenter ma famille sous forme olympienne - voyez d’où vient l’expérience aux vieillards : du racornissement hormonal des méninges. La sagesse, fille de l”impuissance : quelle leçon…  


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LA FOLIE MA MERE
 Après la mort de Gaston-Dragon, Alcmène devenue folle fut internée à Sainte-Anne, l’asile d’Althusser, celui dont j’ai longé les murs blafards, et d’où l’on ne ressortait pas (existe-t-il encore un refrain de Bruant - “A sainte-A-a-a-nneûeûeûh…” (A Belleville, A St-Lazare) ? J’ignore, chose incroyable, combien de temps ce fut après l’écrasement du Dragon - il suffirait d’écrire, de solliciter tels témoignages encore vivants, les preuves tangibles… ont-ils conservé les archives ? J’ignore si ce fut bref. Insidieux. Mon père signa de sa main l’ordre d’internement – s’attirant une inextinguible et sauvage rancune : car le mari alors avait autorité sur sa femme. 


23 juillet 2008 - Lire la suite Tags: none
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