La fraîcheur latine de ch’val
Bonsoir. Je reprends le fil de ces textes qui ne servent à rien, à destination des civilisations futures qui se traîneront sur le sol en bouffant de l’amiante. Je parle de Virgile, qui bientôt ne sera plus qu’un fragment inconnu pour upanishadistes, et qui connaît les Upanishads ? Voici le commentaire à la Servius (et qui connaît Servius ?) de la 5e Bucolique. Ce sera du latin, j’essaierai de comprendre, m’aidant d’abord des notes en bas de page – il n’y a pas ici de traduction française. Les agrégés actuels connaissent de latin à peu près ce qu’en savaient les grimauds de seconde en 1835… Je comprendrai de quoi il se traite, sensible aux musiques de mots, mais sans comprendre à proprement parler.
Le stade que m’avait décrit Frau Laibl à Vienne, endroit rêvé d’une analyse, par une freudienne avouée : « Vous en êtes au niveau de comprendre ce dont il s’agit… » Abordondon cette Bucolique : par la note 7, “les vignes et les ormeaux taillés par la main de l’homme » - « et l’on entend sous les ormeaux / piler la merd’à coups d’marteaux », très con, très fresh. La sodomie : rationalisation. Moins drôle, finalement, que l’absurdité initiale : je préférais, tout uniment, des mecs qui pileraient de la vraie merde, avec de vrais marteaux. J’irais dans une impasse que je connais bien, deux murs distants d’un mètre, et je dormirais là tout disparu dans mon propre quartier, tandis que les recherches s’éterniseraient 20 km autour de moi.
Quant aux ormeaux, avec leurs hannetons (“Hanneton prend sa faucille, larirette…”), les voici disparus depuis longtemps, arbres et bêtes. La nature d’une part, de l’autre la campagne cultivée. Nous n’avons plus pour la Nature que les yeux d’Harpagon : en jouir ou la préserver. Adieu poésie ! les textes sur “les champs, les prés, les papillons, les fleurs”, (“…ont toujours de belles chaussu-u-u—res…”) comptent parmi les plus nuls qui se fassent désormais (…se chaussent toujours chez André !”).
La note 8 reprend des mots incompris : “Bonus… felixque tuis”, « bon et heureux aux tiens », c’est-à-dire leur apportant bonheur et fécondité – je ne vois pas le rapport (oui, sexuel, d’accord…) - bien sûr cen’est pas chez Virgile qu’il faut chercher ce Jeu, cette Révolte que nos contemporains attribuent à tours de bras à la poésie.
Virgile, c’est l’apaisement, les couvercles de camemberts avec vaches, nuages, plénitude. Cf. Enéide I 330, Enée à Vénus : “Sis felix nostrumque leves quaecumque labores” . « Sois heureux », le reste se perd dans l’obscur grammatical (je rectifie : « et ôte de nos chemins tous les moindres soucis »).“Ici avec joie les monts jettent au ciel leurs clameurs, et les rochers leurs vers, et les buissons eux-mêmes proclament : “Dieu, ô dieu; Ménalque ! Sois bon et heureux aux tiens !” Ah ! Gargarismes de bonté ! Niaiserie, force et beauté, du vrai Giono, du vrai Eluard (Grindel, fils de banquier) (et alors, ça t’emmerde ?)

